Frank Meier, né en 1884 dans le Tyrol autrichien, fut un barman de renommée internationale dont la carrière le mena des États-Unis à Paris, où il s’imposa comme une figure majeure de l’Hôtel Ritz. Issu d’une famille juive d’origine polonaise, il émigra jeune vers les États-Unis, où il acquit une solide expérience dans le secteur de l’hôtellerie et des bars avant de revenir en Europe. Sa carrière atteignit son apogée à Paris, lorsqu’il entra au Ritz en 1921 et y fonda le bar, rapidement devenu un lieu central de la vie mondaine et internationale.
Dans l’entre-deux-guerres, Meier se fit un nom dans les milieux parisiens. Son savoir-faire en matière de cocktails, son sens de la discrétion et sa capacité à gérer une clientèle variée contribuèrent à sa réputation. Il publia en 1936 The Artistry of Mixing Drinks (L’Art de préparer les cocktails), qui témoigne de son statut dans la profession.
Pendant l’Occupation allemande entre 1940 et 1944, le Ritz resta ouvert en raison de la nationalité suisse de ses propriétaires. L’hôtel devint un lieu singulier où se côtoyaient officiers allemands, collaborateurs et clients habituels. Meier continua à diriger le bar, servant aussi bien des dignitaires nazis que des membres de l’élite française. Son rôle exigeait une grande prudence, dans un environnement marqué par la surveillance, les tensions et les ambiguïtés.
Dans ce contexte, sa situation était particulièrement délicate. Autrichien ayant combattu pour la France durant la Première Guerre mondiale et soupçonné d’être juif par les autorités allemandes, il fit l’objet d’enquêtes. Parallèlement, il participa à des actions discrètes d’aide, notamment en fournissant de faux papiers à des Juifs, contribuant ainsi à leur permettre d’échapper aux arrestations et aux persécutions, dans un cadre étroitement surveillé.
Après la Libération, sa carrière déclina. Frank Meier mourut en 1947.