Créé en 1939, le camp dit « de Bagatelle » à Saint-Germain-les-Belles était composé de huit baraques préfabriquées complétées de quelques dépendances, une rangée de barbelés et des guérites de surveillance. Il retint différents types de populations que l'armée souhaitait contrôler en période de combats : communistes et pacifistes, parmi lesquels une trentaine de femmes, soupçonnés de propagande antigouvernementale, Républicains espagnols qui avaient fui en France à la fin de la guerre civile espagnole, Allemands et Autrichiens comme ressortissants de pays ennemis, quelques « droits communs », quelques militaires français ou alliés sous le coup de condamnations ou en transit et même quelques prisonniers allemands…
Avec l'installation de l'Etat Français, certaines baraques devinrent des Camps de Séjours Surveillés (C.S.S), structures de répression permanentes pour tout type d'opposants et d'exclus mises au service de la politique de l'Allemagne nazie par le gouvernement collaborateur. L’effectif du camp est passé de 20 à 220 personnes en février 1941. Le camp connut plusieurs évasions dont cinq femmes en septembre 1940.
Structure nouvelle de répression dont l'armée, réduite à cent mille hommes par les conditions d'armistice, ne pouvait assumer l'encadrement, les C.S.S. occasionnèrent le recrutement d'une administration française spécifique. Les commandants étaient des réservistes au grade de capitaine, ayant fait des études universitaires ou d'ingénieur. Un commissaire de la nouvelle police nationale, secondé de quelques inspecteurs, leur était adjoint. Le camp ne fonctionnait pas de manière isolée, mais faisait partie d’un réseau régional incluant d’autres sites, comme celui de Nexon. Ces camps jouaient un rôle complémentaire, accueillant, retenant et, parfois, transférant les internés au sein du système. L'importance du nombre de colis reçus, l'abondance de leur courrier, la régularité des visites, les pétitions rédigées en leur faveur témoignent de l'activité des réseaux de solidarité qui se formèrent autour des internés.
Le camp fut abandonné en mars 1941. A la libération, il hébergea des réfugiés polonais. Peu de vestiges restent aujourd’hui. Une pierre apposée par la Fondation nationale des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP) en 1996 rappelle qu’ici « de nombreux militants communistes dont des élus, des syndicalistes, des juifs, hommes et femmes, furent enfermés ».